Politique: Alix Didier Fils-Aimé : un pouvoir de fait dans une transition sans boussole
- Radio Voix des archanges
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La question du statut d’Alix Didier Fils-Aimé dépasse largement sa personne. Elle révèle, en réalité, l’état de décomposition avancée de la gouvernance transitionnelle en Haïti. Ancien Premier ministre politiquement révoqué mais toujours en exercice, il incarne aujourd’hui une autorité de facto, juridiquement fragile mais politiquement fonctionnelle.
Sur le plan formel, une révocation même non encore publiée au Moniteur, crée un déficit manifeste de légitimité. Dans un État de droit, un Premier ministre révoqué ne saurait engager durablement l’État ni initier des décisions structurantes. Or, le contexte haïtien actuel n’est plus celui d’un État de droit opérationnel, mais celui d’un régime d’exception permanent, où la norme juridique cède le pas à l’urgence politique.
Dans les faits, Alix Didier Fils-Aimé continue d’exercer le pouvoir exécutif en raison d’un vide institutionnel total. Aucun mécanisme crédible de remplacement n’a été activé, les organes de contrôle sont inopérants, et la transition elle-même souffre d’un grave déficit de légitimité. Cette continuité du pouvoir ne repose donc ni sur la Constitution ni sur un consensus national, mais sur un rapport de force implicite, soutenu par une partie de l’élite économique et toléré par la communauté internationale.
Cette situation pose un problème fondamental : la personnalisation croissante du pouvoir dans un cadre censé être collégial. La transition, initialement conçue comme un dispositif temporaire et collectif, se transforme progressivement en une gouvernance monocéphale, masquée par des arrangements institutionnels symboliques, tels que les débats sur la composition du KPT.Les conséquences sont lourdes. Chaque décision majeure prise dans ce contexte est potentiellement contestable à l’avenir, fragilisant davantage l’autorité de l’État. Plus encore, cette gouvernance de fait accentue la rupture entre les institutions et la population, déjà largement exclue du processus décisionnel.
En définitive, le cas d’Alix Didier Fils-Aimé n’est ni une anomalie individuelle ni une dérive accidentelle. Il est le produit logique d’une transition sans cap, sans échéancier clair et sans ancrage populaire. Tant que la souveraineté du peuple haïtien ne sera pas réhabilitée comme fondement de l’action politique, toute autorité, aussi fonctionnelle soit-elle, restera juridiquement fragile et politiquement contestable.
Rolga Ulysse
Doctorant en administration et leadership
