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Haïti- Média : Non, la Commission Technique de Restructuration des Médias d'État n’a pas été inutile

  • Photo du rédacteur: Radio Voix des archanges
    Radio Voix des archanges
  • 16 janv.
  • 3 min de lecture

En réponse à l'article de l'agence en ligne Haiti 24 , publié ce jeudi 15 janvier 2026, titré : " RTNH, Commission sans lendemain, argent public dilapidé ". Halte -là. Pourquoi s'acharner contre la Commission qui a fait un travail remarquable et repositionner la RTNH sur la scène mondiale.

Qualifier la commission de restructuration de la Radio et Télévision Nationale d’Haïti (RTNH) de « Commission sans lendemain » relève d’un raccourci aussi facile qu’injuste. Une telle lecture occulte volontairement la réalité du travail accompli et ignore les contraintes institutionnelles et politiques qui encadrent toute réforme d’envergure dans le contexte haïtien actuel.

Installée par le Conseil présidentiel de Transition (CPT) et le gouvernement, la commission a mené, dans les délais impartis, un travail sérieux, structuré et documenté. Diagnostic organisationnel, analyse financière, audit des ressources humaines, état des équipements, propositions de réforme de la gouvernance : l’ensemble des volets essentiels a été couvert. Les rapports existent, sont disponibles et constituent aujourd’hui la base la plus complète jamais produite sur la situation réelle de la TNH et de la RNH.


Assimiler l’absence de décisions immédiates à une inutilité de la Commission relève soit d’une méconnaissance des mécanismes de fonctionnement de l’État, soit d’une volonté délibérée de discréditer un processus qui dérange. Une Commission n’est pas un organe d’exécution : elle éclaire la décision politique, elle ne s’y substitue pas. La responsabilité de l’application des recommandations incombe aux autorités compétentes, non aux Commissaires.


Par ailleurs, réduire la RTNH à un simple « gouffre financier » dépourvu d’utilité stratégique constitue une vision réductrice et dangereuse. Dans tous les États modernes, les médias publics jouent un rôle central en matière d’éducation, de cohésion sociale, de culture, de communication institutionnelle et de souveraineté informationnelle. Le véritable problème n’est pas l’existence de la RTNH, mais l’absence historique de volonté politique pour lui assigner une mission claire, des moyens adaptés et une gouvernance moderne.


Le rapport de la Commission avait recommandé d’ailleurs une transformation en profondeur, articulée autour de cinq axes prioritaires : la formalisation des processus de travail afin de professionnaliser la gestion ; la mise en place d’un plan de marketing social visant à diversifier les sources de financement ; l’amélioration de l’environnement matériel et psychologique de travail, incluant la réhabilitation des bâtiments et l’acquisition d’équipements modernes ; le développement de partenariats avec les institutions publiques et privées pour enrichir la programmation ; enfin, l’établissement d’un nouveau système d’information et de communication interne et externe destiné à renforcer l’efficacité institutionnelle.


Le coût global de ce plan est estimé à plus de 1,3 milliard de gourdes sur trois ans. À terme, la Télévision Nationale d’Haïti et la Radio Nationale d’Haïti devraient assurer une couverture nationale et internationale à travers la FM, la TNT et les plateformes numériques, avec des programmes bilingues en créole et en français, et une grille diversifiée alliant information, culture, éducation et débats citoyens. Le rapport insiste également sur l’impératif d’une gouvernance transparente et sur la nécessité de disposer d’un personnel qualifié, motivé et valorisé.


Quant aux appels à la privatisation ou à la fermeture pure et simple, ils méritent un débat sérieux, national et transparent, et non des déclarations anonymes destinées davantage à choquer l’opinion qu’à proposer des solutions viables. Supprimer un média public sans alternative crédible reviendrait à abandonner un outil stratégique à des intérêts privés, voire étrangers, dans un pays déjà fragile sur le plan informationnel.


Enfin, dénoncer les membres de la Commission en bloc, sans nuance ni distinction, revient à jeter l’opprobre sur les cadres, techniciens et experts qui continuent de servir l’État avec compétence et intégrité, souvent dans des conditions précaires. Le véritable scandale n’est pas le travail de la Commission, mais l’absence chronique de continuité administrative et de courage politique pour assumer les décisions qu’imposent leurs conclusions.


La Commission RTNH n’est pas un échec. Elle est un miroir. Et ce miroir renvoie à l’État haïtien une question fondamentale : veut-il réellement réformer ses institutions ou continuer à fuir ses responsabilités ?


Yves Paul LÉANDRE

 
 
 

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