
Haïti-Culture : 1er Festival de la créativité haïtienne : quand la culture devient un acte de mémoire, de résistance et d’espérance
- il y a 2 jours
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Haïti célèbre sa mémoire, son identité et sa capacité à créer. Le premier Festival de la créativité haïtienne, réalisé sous le haut patronage du Premier ministre, organisé les 14 et 15 août 2026, s’est ouvert dans une atmosphère chargée d’histoire, de symboles et d’espérance, à l'hôtel Karibe Convention Center.
À la veille de la commémoration de la cérémonie du Bois Caïman du 14 août 1791, les organisateurs ont choisi de placer la créativité au cœur d’une réflexion plus large sur l’avenir du pays. Pendant deux jours, artistes, écrivains, cinéastes, comédiens, peintres, musiciens, photographes et créateurs se retrouvent autour d’un même objectif : raconter Haïti par elle-même et autrement.
Prenant la parole à l’ouverture, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Mme Raïna Forbin, a rappelé que le 14 août 1791 constitue l’un des moments fondateurs de l’histoire haïtienne. Selon elle, le rassemblement du Bois Caïman demeure le symbole d’un peuple qui, malgré l’oppression, a osé croire en la liberté et s’unir autour d’un destin commun.
« Lorsque nous célébrons la culture haïtienne, nous ne célébrons pas seulement ses œuvres. Nous célébrons Haïti », a-t-elle souligné, insistant sur le rôle de la création dans la préservation de la mémoire nationale.
Pour la Chancelière, la culture ne saurait être réduite au simple divertissement. Elle constitue, dit-elle, une force de cohésion nationale, de transmission, de rayonnement et de diplomatie. "Un peintre qui représente Haïti conserve une mémoire ; un écrivain qui raconte le pays transmet une pensée ; un cinéaste qui filme son histoire permet aux générations futures de voir ce qu’elles ne doivent jamais oublier".
Cette vision s’inscrit pleinement dans la philosophie du festival. Expositions, ventes-signatures, projections cinématographiques, documentaires, théâtre, musique, peinture, photographie, littérature et gastronomie composent une programmation destinée à montrer une autre image du pays.
Le ministère de la Culture et de la Communication entend ainsi établir un dialogue entre le passé, le présent et l’avenir. Le festival propose notamment une relecture de grandes figures et de grands épisodes de l’histoire nationale à travers le cinéma et les arts.
Au programme figurent notamment des projections consacrées à Toussaint Louverture, à Jean-Jacques Dessalines, ainsi que des documentaires et œuvres de réalisateurs haïtiens. Une simulation de procès autour de Cécile Fatiman, figure associée à la cérémonie du Bois Caïman, doit également permettre au public de revisiter un pan essentiel de la mémoire historique haïtienne.
La programmation fait également une large place aux créateurs contemporains. Une fresque intitulée « Ayiti Cheri », des expositions d’ouvrages et des ventes-signatures réunissent plusieurs auteurs haïtiens. Des œuvres picturales de Frankétienne seront exposées dans le cadre d’une rétrospective consacrée au peintre Raymond D. Joseph, tandis qu’une exposition photographique baptisée « Haïti Sauvage » mettra en lumière le travail de René Durocher.
Le festival prévoit également une causerie consacrée à la propriété intellectuelle, organisée avec le Bureau haïtien du droit d’auteur et le ministère du Commerce et de l’Industrie.
Au-delà des spectacles et des expositions, le message porté par les responsables du festival se veut profondément politique et social : Haïti ne doit pas être racontée uniquement à travers ses crises. Dr Emmanuel Ménard, ministre de la Culture et de la Communication, a insisté pour affirmer haut et fort :
« Ne pas réduire notre pays à sa crise, ne pas laisser nos difficultés raconter seules notre histoire », a insisté le ministre, appelant les artistes à continuer de créer et les jeunes à s’approprier leur histoire, leur culture et leur identité.
Cette volonté rejoint le discours prononcé lors de l’ouverture, où il a été rappelé qu’Haïti représente, aux yeux de nombreux peuples, une terre emblématique de la liberté. Mais les intervenants ont aussi reconnu les douleurs et les défis auxquels le pays reste confronté.
Sécurité, stabilité et développement durable ont ainsi été présentés comme des conditions indispensables pour permettre à la créativité haïtienne de s’épanouir pleinement.
Le festival se veut finalement plus qu’un rendez-vous artistique. Il entend créer un espace où la mémoire rencontre la création, où l’histoire dialogue avec la jeunesse et où les artistes deviennent les porte-voix d’une autre Haïti.
« C’est un peuple qui chante, qui danse et qui pleure en même temps », a rappelé le titulaire du MCC ,avant d’inviter le public à ne pas s’enfermer dans la douleur.
Le choix est clair : mobiliser le peuple autour de ses rêves.
Et parmi ces rêves, celui d’une Haïti plus sûre, plus stable, capable de renouer avec son potentiel créatif et de prendre toute sa place dans le monde.
Pendant deux jours, le Festival de la créativité haïtienne entend donc faire de l’art une réponse à l’adversité et de la mémoire un moteur pour l’avenir.
Car le message porté par cette première édition est sans équivoque : Haïti n’est pas seulement une histoire de crise. Haïti est aussi une histoire de création, de résistance, de dignité et de rêves.
Yves Paul LÉANDRE




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