top of page

Archives nationales d’Haïti : 166 ans à préserver la mémoire d’un peuple

  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

La 12ᵉ émission de « Rencontre au Sommet » reçoit comme invité le directeur général des Archives nationales d’Haïti (ANH), Jean-Wilfrid Bertrand. Cette émission est consacrée à la mission de cette institution, à la conservation du patrimoine documentaire haïtien, aux défis auxquels elle est confrontée et aux grands chantiers engagés pour moderniser les services d’archives.


« Rencontre au Sommet » est une émission conjointe de la Télévision nationale d’Haïti (TNH) et du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC), instaurée à l’initiative du ministre Emmanuel Ménard. Cette 12ᵉ édition est animée par les journalistes Darlyne Damus et John Herby Casséus.


Fondées le 20 août 1860, sous la présidence de Fabre Nicolas Geffrard, les Archives nationales d’Haïti constituent l’une des principales institutions chargées de la conservation du patrimoine documentaire du pays. Elles sont placées sous la tutelle du Ministère de la Culture et de la Communication et sont établies à Delmas 77, à Port-au-Prince.


Selon Jean-Wilfrid Bertrand, la mission fondamentale des Archives nationales consiste à collecter, organiser, conserver, protéger et rendre accessibles les documents produits par l’administration publique, qu’ils soient de nature administrative, légale, financière ou historique.

L’institution conserve notamment des documents provenant de la Présidence, des ministères et du Parlement, ainsi que des registres d’état civil. Certains documents conservés remontent à des périodes très anciennes de l’histoire d’Haïti.

Le directeur général insiste sur la nécessité de conserver à la fois les bons et les mauvais moments de l’histoire nationale. Pour lui, les archives ne doivent pas être sélectionnées uniquement en fonction de leur caractère glorieux : elles doivent permettre aux historiens et aux générations futures de comprendre l’ensemble du parcours du pays.

Jean-Wilfrid Bertrand considère les archives comme un véritable patrimoine national. Il plaide pour une politique publique durable permettant de préserver les documents de l’État et de restituer à la nation les archives qui se trouvent à l’extérieur du pays.

Il rappelle également que la conservation des archives dépasse le cadre administratif. Elle participe à l’éducation citoyenne, à la connaissance de l’histoire nationale et à la construction de la mémoire collective.


Le responsable des ANH souligne aussi l’importance des archives privées. Il cite notamment les collections de la Société du Rhum Barbancourt et de la HASCO, estimant que les entreprises et institutions privées ont également une responsabilité dans la conservation de leur patrimoine documentaire.

Au cours de l’émission, Jean-Wilfrid Bertrand revient sur la notion des trois âges des archives.

Il explique qu’un document passe généralement par une première période au cours de laquelle il est activement utilisé par l’administration. Il entre ensuite dans une phase semi-active avant d’atteindre le stade des archives définitives, lorsque sa valeur historique et patrimoniale justifie sa conservation permanente.

Le manque d’espace constitue toutefois l’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontées les Archives nationales. Selon le directeur général, plusieurs décennies de documents demeurent conservées dans des espaces qui ne sont pas toujours adaptés.

Il lance ainsi un appel aux pouvoirs publics afin qu’ils prennent des mesures urgentes pour garantir des conditions adéquates de conservation de la mémoire nationale.



Jean-Wilfrid Bertrand estime qu’Haïti doit renforcer son cadre législatif et administratif en matière d’archives. Il évoque notamment la nécessité de mieux organiser le transfert des documents des administrations vers les Archives nationales après leur période d’utilisation courante.

Il rappelle également que certains documents restent encore dans les ministères et institutions publiques alors qu’ils devraient être transférés aux Archives nationales.Le directeur général souligne que les archives constituent également un outil essentiel pour la recherche historique, la transparence administrative et la protection des droits des citoyens.


La modernisation des Archives nationales passe également par la numérisation. Jean-Wilfrid Bertrand indique que l’institution travaille depuis plusieurs années à la numérisation des registres d’état civil et d’autres documents historiques.

Selon lui, environ 60 % des documents ciblés ont déjà été numérisés. Deux laboratoires sont également en fonctionnement depuis 2018, notamment pour les travaux de restauration et de conservation.L’objectif est de faciliter progressivement l’accès aux documents, notamment à travers des services en ligne. Des plateformes destinées aux demandes de documents, aux données historiques et aux recherches généalogiques sont également en préparation.

Le directeur général explique que l’état civil haïtien demeure particulièrement complexe et que la numérisation devrait contribuer à améliorer considérablement l’accès aux documents.

Il souligne que des personnalités importantes du pays ont elles-mêmes rencontré des difficultés pour obtenir certains actes d’état civil, et que les Archives nationales ont pu, dans plusieurs cas, permettre de retrouver les documents recherchés.

Jean-Wilfrid Bertrand revient également sur les efforts entrepris pour professionnaliser le secteur.

Il évoque notamment une période où l’institution comptait plusieurs dizaines d’employés affectés aux services d’état civil. Après un diagnostic approfondi, des mesures de restructuration et de formation ont été engagées.Un concours a notamment permis de sélectionner de nouveaux employés, qui ont bénéficié de formations dans plusieurs domaines : archivistique, restauration, reliure, bibliothéconomie et techniques spécialisées.


Le directeur général prévoit également de rendre hommage à un relieur ayant consacré 52 années de service à l'institution, symbole de la transmission du savoir-faire au sein des Archives nationales.Interrogé sur les catastrophes naturelles, Jean-Wilfrid Bertrand rappelle que le séisme du 12 janvier 2010 n’a pas détruit le bâtiment principal des Archives nationales. Cependant, plusieurs ministères et institutions publiques ont été lourdement affectés.


La destruction de certains bâtiments administratifs a entraîné la perte définitive de documents qui n’avaient pas encore été transférés aux Archives nationales.

Cette expérience démontre, selon lui, la nécessité de mettre en place une véritable politique de préservation préventive et de sécurisation des documents publics.


L’un des principaux SOS lancés par le directeur général concerne donc les infrastructures.

Jean-Wilfrid Bertrand estime qu’Haïti ne dispose actuellement pas de suffisamment d’espaces sécurisés et adaptés pour conserver l’ensemble de sa mémoire documentaire.

Il évoque notamment le projet de la Cité administrative, dont la mise en opération pourrait contribuer à résoudre une partie du problème d’espace. Il affirme que des ressources financières seraient disponibles pour rendre ce projet opérationnel.


Pour lui, la question des archives doit être considérée comme une priorité nationale, car perdre un document, c’est parfois perdre une partie de l’histoire du pays.

Au cours de l’émission, Jean-Wilfrid Bertrand exprime sa reconnaissance envers la Télévision nationale d’Haïti et la Radio nationale, qui, selon lui, accompagnent l’institution depuis plus de 40 ans dans sa mission.

Il rappelle également la volonté du président Fabre Nicolas Geffrard de doter le pays d’une institution destinée à conserver les documents de l’État.

Il évoque par ailleurs la contribution du président Sténio Vincent à la création et au développement d’une bibliothèque, notamment à travers la mise à disposition d’un bâtiment et de livres.

À l’occasion du 166ᵉ anniversaire des Archives nationales d’Haïti, le 20 août 2026, Jean-Wilfrid Bertrand réaffirme la nécessité de placer la conservation documentaire au cœur des politiques publiques. Ilestime que les gouvernements doivent comprendre que les archives ne sont pas de simples documents anciens. Elles constituent un instrument de souveraineté, de connaissance historique, d’éducation citoyenne et de construction de l’avenir.




La 12ᵉ émission de  Rencontre au Sommet met ainsi en lumière une institution indispensable à la compréhension du passé et au fonctionnement de l’État, tout en attirant l’attention sur les défis urgents liés aux espaces de conservation, à la numérisation, à la sécurisation des documents et au renforcement du cadre législatif.


À travers cet entretien, Jean-Wilfrid Bertrand rappelle une évidence : préserver la mémoire d’Haïti, c’est aussi donner aux générations futures les moyens de comprendre leur histoire et de mieux construire leur avenir.



Yves Paul LÉANDRE 

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note*
bottom of page